Les ménages populaires pris en étau entre crise écologique et injustice sociale

L’urgence climatique ne frappe pas à égalité. Les classes populaires sont confrontées à une double peine : non seulement elles subissent de manière disproportionnée les effets directs des changements climatiques – inondations, canicules, hausse du prix de l’énergie –, mais sont aussi les grandes oubliées de politiques environnementales qui, faute d’intégrer une réelle ambition sociale, risquent d’aggraver les inégalités existantes. Cette situation révèle une contradiction structurelle : les ménages les plus vulnérables, qui contribuent le moins à la crise écologique, sont ceux qui en subissent le plus lourd tribut.

La précarité énergétique est l’une des manifestations les plus visibles de cette situation. En 2022, plus de 10 % des ménages français ont consacré plus de 8 % de leurs revenus aux factures d’énergie. En 2023, près d’un million de foyers ont subi des coupures pour impayés. Autant de signaux d’alarme qui témoignent d’une crise sociale et écologique indissociable – et d’un impératif politique : construire une réponse publique à la hauteur, fondée sur la justice sociale et la solidarité.

MaPrimeRénov’ : un outil central, fragilisé par une gestion court-termiste

Créée en 2020, MaPrimeRénov’ visait à rationaliser et simplifier les aides à la rénovation énergétique, en modulant les subventions en fonction des revenus. Elle constitue aujourd’hui l’un des principaux outils de la lutte contre la précarité énergétique. En son sein, deux types d’interventions coexistent : les “gestes simples” (isolation ponctuelle, remplacement d’équipements), et les rénovations globales, seules à même de garantir des gains énergétiques décisifs et une véritable sortie de précarité énergétique.

Le recentrage progressif du dispositif sur ces rénovations globales depuis fin 2023 a entraîné un afflux massif de demandes – preuve de l’intérêt des ménages modestes pour ces parcours. Mais l’État, n’ayant pas anticipé cette montée en charge, a choisi une réponse brutale : la suspension temporaire des aides aux rénovations globales entre juin et septembre 2025. Officiellement motivée par la lutte contre la fraude et la saturation budgétaire, cette décision révèle surtout une gouvernance incapable de prioriser les publics les plus fragiles et de garantir la continuité des politiques publiques.

Les conséquences sont multiples : désorganisation de toute une filière professionnelle, incertitude accrue pour des ménages déjà en difficulté. Une rupture qui renvoie un signal inquiétant : celui d’un État qui peine à assurer une transition juste, fiable, et solidaire.

Un recul social aux antipodes d’une transition juste

Ce “stop and go” est un recul social majeur :

Recommandations d’EAPN France

Pour relever ce défi, EAPN France appelle à :

Le gel temporaire de MaPrimeRénov’ symbolise les dérives d’une politique de transition écologique dépourvue de colonne vertébrale sociale. Il illustre les dangers d’un pilotage à vue, où l’État réagit plus qu’il n’anticipe, et abandonne en chemin celles et ceux qui devraient être au cœur de la stratégie.

EAPN France appelle à un sursaut politique clair, déterminé et solidaire pour que la transition énergétique devienne un levier réel de sortie de la pauvreté.