Où va l'Europe ?

Dans son livre blanc sur l’avenir de l’Europe, la Commission propose cinq scénarios. Ce qui frappe, c’est qu’aucun d’eux ne répond à la principale critique qui est faite à l’Union par les citoyens : l’absence d’Europe sociale !

La Commission est pourtant la « gardienne des traités ». Aurait-elle oublié ce qui dans le Traité de Rome a été remis à plus tard et n’a jamais été réalisé, bien que présent dès le préambule : le progrès social ? Les signataires y affirment pourtant que le « but essentiel » de la Communauté européenne est l’amélioration des conditions de vie et d’emploi ! L’économie n’étant qu’un moyen.

La mission était claire :

  • aller vers « un niveau de protection sociale élevé », relever le « niveau et la qualité de vie…et la solidarité entre les Etats membres », (Article 2)
  • renforcer « la cohésion économique et sociale » (Article 3 j),
  • réaliser « un niveau élevé de protection de la santé » (Art. 3o).

Le traité fondateur prévoyait l’harmonisation des systèmes sociaux, qui a été par la suite systématiquement écartée. Alors, il serait peut-être temps de réaliser la troisième phase, 60 ans après le traité de Rome !

Aucun des scénarios proposés par la Commission ne peut nous satisfaire

Continuer (Scénario. 1), c’est poursuivre la destruction du projet européen. Réduire l’Union au marché (scénario. 2), serait offrir au Brexit une victoire paradoxale : être plus   britannique que les Britanniques au moment où ceux-ci quittent un navire qu’ils ont soigneusement retenu au quai du marché.

Le 3e scénario est inacceptable, car il entérinerait une Europe à deux vitesses. Les coopérations renforcées du traité ne sont pas faites pour rompre l’unité et la solidarité. La Commission parle d’ « avant-gardes » en laissant croire que l’arrière-garde pourrait les rejoindre. Mais l’Europe sociale pourrait-elle ne concerner que quelques-uns ? Nous ne pouvons l’accepter, car il ne saurait y avoir dans l’Union des citoyens de première catégorie et d’autres de seconde zone !

Le 4e scénario envisage tout simplement de délaisser l’emploi et les affaires sociales. Il serait un affront et une déclaration de guerre aux peuples.

Seul le 5e scénario, mérite quelque attention, car il suppose plus d’intégration et une augmentation du budget européen. Mais à lire le contenu de la proposition, on est vite dégrisé. En effet, malgré l’affirmation d’une coopération plus poussée dans tous les domaines, on cherchera en vain l’emploi et les affaires sociales. Il n’est question que de supprimer la ratification des accords commerciaux par les états, (donc un AECG/CETA d’application immédiate et définitive !) de complémentarité de la défense commune avec l’OTAN et de l’achèvement du marché unique des services !

EAPN France Propose !

Nous proposons donc que EAPN, en lien avec ses partenaires de la Plate-forme des ONG sociales et avec les autres participants à l’Alliance de printemps, propose une Europe fidèle à sa mission sociale primitive : une Europe Sociale

 

Une Union européenne qui éradique la pauvreté, que ce soit celle des enfants, des jeunes, femmes, des retraités ou des travailleurs. Et qui le fasse dans la solidarité avec tous les peuples de l’Union et non pour les plus riches ! Il faudra revenir sur la course à l’allongement continu de la durée du travail, hebdomadaire, annuel comme celui de la vie active, pour permettre à tous les citoyens de participer à la création de richesse.

 

Une Europe qui fait de l’éducation et de l’acquisition des savoirs pour tous – et à tout âge – sa priorité.

 

Une Union européenne qui agisse pour éliminer les discriminations. Elles constituent une violation des Droits de l’Homme. Dans le cadre de cette action, l’Europe de demain doit prendre en charge la question du logement, aussi bien du point de vue de l’emploi que du point de vue de la santé, de l’égalité et du bien-être. Chacun doit pouvoir accéder à un logement décent dont le coût ne le prive pas de ses autres droits.

  • Une Union qui assure à tous ses citoyens dans l’égalité l’accès à une alimentation de qualité.
  • Une Union qui garantisse l’accès de tous à la santé et aux soins dans l’égalité.
  • Une Union qui accueille et intègre les réfugiés et les demandeurs d’asile, en leur facilitant l’accès à ses frontières, au lieu des les condamner à braver inutilement des dangers et des humiliations.
  • Une Europe qui défende et préserve son modèle social dans un monde où tant de peuples en sont privés, voire se heurtent à des dirigeants qui veulent détruire les protections existantes pour soumettre chacun au marché et à la discrimination par l’argent.
  • Une Europe qui choisit le développement durable et qui s’engage concrètement dans les orientations de la COP 21.
  • Une Europe qui donne toute sa place à la démocratie participative et encourage les partenariats avec les réseaux associatifs et avec les entreprises sociales. Des PPP non marchands en lieu et place des coûteux PPP marchands.
  • Une Europe qui protège et développe ses Services Publics et en particulier ses services sociaux et de santé, et mette fin à leur marchandisation, dont on a pu constater qu’elle renforçait les inégalités.
  • Une Europe qui investisse pour l’avenir tout en respectant des équilibres qui garantissent ceux des générations futures.
  • Une Europe qui pense plutôt « solidarité » que « concurrence ».
  • Enfin, une Europe, indépendante, y compris de l’OTAN, et qui travaille à la paix.

 

Nous ajoutons, qu’il est contradictoire et choquant de recevoir un livre blanc, qui correspond dans le fonctionnement de l’Union Européenne à l’ouverture d’un débat public et démocratique et d’apprendre par la presse, quelques jours plus tard, qu’un Conseil européen non prévu au calendrier a choisi un scénario à notre place ! D’autant que ce scénario entérine et approfondit l’Europe à plusieurs vitesses, c’est à dire contredit le projet européen.

 

Même si jusqu’ici les traités n’ont pas été signés au nom des peuples, mais au nom de leurs Représentants, nous affirmons que c’est aux peuples de répondre, par référendum, à la question « quo vadis ? ». Pour nous, la réponse est claire, nous l’affirmons depuis 28 ans : l’Europe doit être sociale.

par Michel Mercadié

Secrétaire d’EAPN France